Tu seras soldat mon fils, mais pas cœliaque / 1

C’est un tabou (un de plus) dans l’armée américaine : mieux vaut ne pas être cœliaque sous peine de ne pas pouvoir enfiler l’uniforme. Ce qui pousse des militaires américains à fuir tout diagnostic et à commencer un régime sans gluten à l’abri des regards.

La grande muette et les cœliaques

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Welcome to America ©Trent Yarnell

Quand Mary* a été diagnostiquée il y a quatre ans, elle a immédiatement appelé ses frères, sa tante, ses neveux et nièces pour leur parler de la maladie cœliaque. Avec, pour tous, ce même conseil : « profitez de votre prochaine visite chez le médecin pour vous faire diagnostiquer ». Mais ceux qui, dans cette famille de militaires, portent l’uniforme ont soigneusement évité de le faire. Car, aux États-Unis, l’armée n’en veut pas.

« Au bout de quatre mois, l’un de mes frères a commencé à remarquer qu’il avait des symptômes qui ressemblaient aux miens et il m’a posé quelques questions. Mais il ne s’est jamais fait tester à cause de… son travail », raconte, hésitante, Claire. Puis de confesser : « s’il avait été diagnostiqué officiellement, il aurait dû quitter son poste… enfin c’est un peu compliqué à expliquer, ce sont des choses dont on ne parle pas beaucoup dans son milieu ». Le frère de Claire est général dans l’US Air Force.

Une déclaration de guerre

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L’armée veille au grain ©Peter Amegetthi

Dans le règlement de l’armée américaine, les cœliaques ne sont pas bannis en tant que tel. Il est seulement précisé que ceux qui veulent s’engager doivent être « qualifiés, en pleine possession de leurs moyens et valides, capables de conduire avec succès des missions militaires ». Pas de terme « cœliaque » écrit noir sur blanc… Mais Cynthia O. Smith, porte-parole du ministère de la Défense américain, s’est chargée de mettre les choses au clair. « Une personne avec une maladie cœliaque et/ou (sic) une intolérance au gluten ne pourra pas postuler pour s’engager dans l’armée », avait-elle indiqué dans une interview accordée à Amy Leger, une célèbre blogueuse américaine gluten free.

Les cœliaques entrent en résistance

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Les cœliaques à l’abri des regards ©Miguel A Ramirez

Qu’en est-il alors des soldats, déjà engagés, qui découvrent ensuite qu’ils sont malades ? En théorie, ils ne sont pas concernés par la mesure d’exclusion. « Mais mon frère se serait senti obligé de démissionner », assure Claire. « Etre malade, ça limite de fait la progression de votre carrière. Et même si ce n’est pas officiel, les malades préfèrent se cacher de peur d’être mis au placard », précise-t-elle. Son frère a donc décidé d’entamer un régime sans gluten, sans prendre le « risque » de se faire tester, et son état de santé s’est amélioré.

Mais pas facile de mener cette vie gluten free clandestine. Julie, la femme d’un soldat diagnostiqué après onze ans dans la Navy, raconte sur un forum en ligne que son mari a dû se contenter de deux repas sans gluten sur les 60 pris alors qu’il était déployé pendant un mois sur le terrain. « Il a pu manger parce qu’il pouvait se payer, de sa propre poche, de la nourriture dans le magasin de son régiment et aux distributeurs automatiques. Je lui ai aussi envoyé régulièrement des colis avec des produits de base adaptés à ses besoins. Et pendant ce temps-là, l’armée continuait de nous faire payer une allocation ‘repas’… », témoigne-t-elle.

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Les cœliaques de l’armée américaine ©Michael Browning

L’armée américaine compte environ 450.000 soldats en activité. Si l’on considère que comme dans le reste de la population, environ 1% d’entre eux, en moyenne, sont atteint de la maladie cœliaque, ce tabou concerne 4 500 personnes. Pas une bagatelle.

* Son prénom a été modifié à sa demande


A PROPOS DE L'AUTEUR

Fannie Rascle

Après sept belles années à travailler pour une rédaction web, Fannie a quitté les Champs-Elysées, direction la Maison-Blanche ! Installée à Washington depuis quelques mois, elle collabore avec plusieurs médias francophones, à la radio ou sur le web. Ses thèmes de prédilection : l'environnement, l'éducation, les débats de société et… tout ce qui se mange !

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