Manger sans gluten en prison, est-ce possible ?! ©Orange Is The New Black

Comment fait-on pour manger sans gluten en prison ?! Vous vous êtes déjà posé la question ? Penchons-nous sur le quotidien des personnes incarcérées qui ne mangent pas de blé

Et si demain on atterrissait en prison ?!

La scène ne dure que quelques secondes. Elle est volontairement très caricaturale et n’a pas pour but que de faire rire le  téléspectateur, mais soulève finalement les bonnes questions…

Manger sans gluten en prison, est-ce possible ?!

Orange is the new black ©Netflix

Dans l’épisode 3 de la saison 2 de la série américaine Orange is The New Black, la cheffe de la cuisine du pénitencier, Mendoza, préalablement mise sur les nerfs par une broutille, s’emporte violemment lorsqu’une détenue ose (mama mia !) demander un plateau repas spécifique : un plateau sans gluten !

Mendoza l’envoie alors balader avec une réplique épique : « La prison, c’est le gluten ! Ne commets pas de crime si tu ne manges pas de maudite farine !« 

Malgré mon sourire, devant l’écran soudain, une interrogation : et dans la réalité, en France ? Comment les cœliaques, ou même ceux qui sont “juste” (vous noterez l’ironie) très sensibles au blé et autres céréales contenant du gluten, se nourrissent-ils derrière les barreaux ?

Que dit la loi quand on doit manger sans gluten en prison

Pour les premiers, les cœliaques, la loi fait son office puisqu’il est prévu que les détenus reçoivent une alimentation qui tienne compte de leur “état de santé”.

Prisonniers sans gluten, la pénitence / 1

A table ?? ©Netflix

Selon les articles D.354, D.361 et D.369 du Code de Procédure Pénale français, les personnes incarcérées malades ont le droit à un régime stricte… du moins, pour peu que celui-ci soit médicalement prescrit ! S’en suit une liste de ceux qui sont concernés par cette disposition : les personnes atteintes de diabète ou de cholestérol, celles qui doivent suivre des régimes diététiques médicaux pauvres en graisses saturées, hyposodés, hypercaloriques…

Pas de mots très précis en ce qui concerne les allergies graves ou la maladie cœliaque elle-même, mais on devine que cela rentre dans les dispositions de la loi. Un détenu qui ne verrait pas son régime prescrit respecté a d’ailleurs le droit d’adresser une lettre à la DDASS, afin de faire impérativement respecter les mesures médicales par son pénitencier. En théorie, il est donc possible de manger sans gluten en prison…

Deux poids deux mesures quand on mange sans gluten en prison ?

Je n’ai jamais croisé de détenu qui aurait eu besoin de manger sans gluten en prison” avoue Nelly Dechene, qui a travaillé 15 ans dans une maison d’arrêt.

Manger sans gluten en prison, est-ce possible ?!

©Christopher Windus

Le plus souvent, les régimes alimentaires spéciaux que j’ai pu croiser étaient des régimes confessionnels, sans porc etc. Mais c’était il y a sept ans, et c’est vrai qu’on ne parlait pas autant du gluten que maintenant…

S’il n’y a pas plus de cœliaques depuis dix ans, par contre, plus de personnes se font diagnostiquer comme telles ou bien comme sensibles au gluten… or, pour ces dernières, les sensibles, il ne semble pas y avoir de dispositif obligeant les autorités à commander un régime spécial.

Ce sera donc difficile de demander du sans gluten en prison.Sans ordonnance stricte, pas de nourriture spécifique pour les prisonniers sans gluten. Comme partout dans la société française, les problématiques liées à la protéine de blé commencent à peine à éveiller les consciences…

Manger sans gluten en prison, est-ce possible ?! ©Netflix

Non mais allô, c’est pas un caprice ©Netflix

Et, malheureusement, pour beaucoup, les sensibles (qu’ils soient en cellule ou non !) restent encore des énergumènes capricieux…

De là à se faire agresser par la cheffe cuisinière en prison, il y a un monde, mais l’on imagine aisément la torture s’il fallait trier consciencieusement son plateau chaque jour avant de commencer à se mettre à table…

Cet article a été publié le 23 janvier 2015 et a depuis été mis à jour par l’équipe.

La photo de couverture est signée : ©Orange Is The New Black

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A PROPOS DE L'AUTEUR

Clémence Lesacq

Née en 1990, Clémence est journaliste et auteur pigiste, diplômée du centre universitaire d'enseignement du journalisme (Cuej) de Strasbourg. Elle a fait ses premières armes de journaliste au journal L'Alsace puis dans les rédactions de Libération et du Figaro. Amoureuse d'écriture, elle est lauréate en 2014 du prix jeunes écrivains "Libé-Apaj-Tara". Ses thèmes de prédilection : Société, environnement et fooding. Grande amatrice de Running, elle espère achever un marathon pour ses 30 ans !

    COMMENTS (2)

  1. Rosana HENRY

    ()

    Bonsoir, j’ai lu attentivement votre article sur le sans gluten en prison…
    Je viens moi-même de sortir de 2 mois d’hospitalisation en clinique psychiatrique ( je suis en dépression suite à du harcellement moral de la part de mon patron…)bref, j’ai eu la sensation d’être emprisonnée car même si j’avais une préscription médicale « sans gluten, sans lactose », mon sentiment était d’être prisonnière de celle-ci, je m’explique:
    Pour cette clinique ou plutôt le cuisto en chef, tout les aliments non estempillés « sans gluten, sans lactose » ne m’étaient que très rarement proposés( légumes, légumineuses, …. non inscrits sur le menu) si le menu n’était pas « adaptable » le produit n’était tout simplement pas remplacé…mon régime alimentaire s’est réduit à des plas de pâtes sans gluten (sèches, sans sauces) avec des aiguillettes de poulet ou encore, du riz blanc avec du poisson vapeur…quand aux desserts:
    -bananes
    -pommes ou
    -compotes pommes bananes…
    bref un enfer, une maltraitance alimentaire que j’ai dénoncé à plusieurs reprises aux différents soignants, suppérieurs et cuisiniers…en vain….
    Je suis donc sortie la semaine dernière sans être sûre de le pouvoir psychologiquement mais épuisée moralement de tant de frustration culinaire…la guérison ne passe-t-elle pas par l’assiette?
    Je suis profondement déçue et je ne sais vers qui me tourner pour me faire entendre. Merci.

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    • Cécile Gleize

      ()

      Bonjour Rosana,
      Merci beaucoup pour votre témoignage poignant, on sent que ça n’a pas été du tout facile pour vous et on le comprend !
      Effectivement les repas devraient être qqch d’important, mais ce n’est pas encore le cas. Est-ce faute de moyens ? Nous ne savons pas.
      L’établissement était-il privé ou public ?
      On avait rédigé un article sur le sans gluten dans les hôpitaux : https://because-gus.com/le-sans-gluten-dans-les-hopitaux/
      Et comme vous pourrez le lire, c’est très très inégal encore !!
      Avec vos réponses, on espère qu’on pourra vous aider 🙂
      L’équipe de Because Gus

      Répondre

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