Où en est la recherche sur la sensibilité au gluten ? ©Uniformed Services University

Où en est la recherche sur la sensibilité au gluten ? On a fouillé les publications universitaires pour vous faire un topo en bonne et due forme histoire que vous puissiez en parler à votre entourage en connaissance de cause !

La recherche sur la sensibilité au gluten

La sensibilité au gluten c’est compliqué

Seuls au monde ? ©Hailey Kean - Où en est la recherche sur la sensibilité au gluten ?

Seuls au monde ? ©Hailey Kean

La sensibilité au gluten est un ovni dans la communauté médicale scientifique : mal définie, peu comprise, car ses symptômes sont peu circonscrits, souvent auto-diagnostiquée, elle a tout d’un caméléon cachant derrière elle de multiples maux.

Il n’en reste que le nombre de mangeurs sans gluten ne cesse de croître et nombre d’entre eux affirment se sentir mieux en évitant d’en consommer. Qu’en penser alors ?

Pas encore de consensus pour la recherche sur la sensibilité au gluten

Un consensus n’a pas encore émergé pour la recherche sur la sensibilité au gluten.

Ça n'existe pas ? ©Emily Morter - Où en est la recherche sur la sensibilité au gluten ?

Ça n’existe pas ? ©Emily Morter

Certains n’y croient pas – « c’est dans la tête », d’autres sont septiques devant l’amélioration de l’état de santé des patients – « le gluten ne serait peut-être pas le véritable coupable », et d’autres enfin y voient une affection dont les mécanismes ne sont tout simplement pas encore compris, mais qui mérite d’être explorée.

Dans ce tohu-bohu scientifique, tentons de faire le point sur l’avancée des recherches sur la sensibilité au gluten non-cœliaque.

Quand parle-t-on de sensibilité au gluten non-cœliaque ?

Allergie, intolérance et sensibilité au gluten : les bases !

Il existe trois grands types d’affection impliquant le blé.

Dextrose, glucose, amidon de blé peut-on en manger ? ©Ewan Van Sant

©Ewan Van Sant

L’allergie au blé, qui peut se manifester immédiatement après contact avec du blé, ou avec un peu de retard, et présente les symptômes typiques de l’allergie, comme des réactions cutanées, mais aussi des troubles gastro-intestinaux. C’est ici le même mécanisme en jeu que lorsqu’on est allergique aux abeilles, ou aux cacahuètes, il faut bannir le blé à tout prix.

Vient ensuite la maladie cœliaque, qui est la conséquence d’une réaction immunitaire contre les protéines de gluten et est favorisée par une prédisposition génétique. Aussi appelée intolérance au gluten, elle nécessite également une éviction totale du gluten, y compris les traces !

Et enfin la petite dernière, dont on parle beaucoup récemment : la sensibilité au gluten, qui présente des symptômes ressemblant à ceux de la maladie coeliaque, mais sans les complications à long-terme liées à celle-ci. Les manifestations sont notamment gastro-intestinales : des diarrhées, des ballonnements, l’indigestion… mais également plus globales, touchant l’ensemble du corps : la fatigue, l’irritabilité, l’anxiété, la dépression.

Comment déceler une sensibilité au gluten non-cœliaque ?

Contrairement à l’allergie au blé ou à la maladie cœliaque, aucun test n’existe pour diagnostiquer de manière fiable la sensibilité au gluten.

On cherche, mais quoi ? ©Drew Hays - Où en est la recherche sur la sensibilité au gluten ?

On cherche, mais quoi ? ©Drew Hays

Car en effet, comme nous l’explique Nadine Cerf-Bensussan, responsable de l’équipe de recherche du laboratoire d’immunité intestinale à l’INSERM, « il n’existe pas à ce jour un mécanisme biologique établi qui permette d’expliquer l’hypersensibilité au gluten non liée à la maladie coeliaque ». On ne peut donc pas mettre au point un test si on ignore ce que l’on cherche !

A ce jour, le seul moyen pour les patients de soupçonner sérieusement une sensibilité au gluten est d’adopter un régime d’éviction pendant quelques semaines, puis de réintroduire le gluten : si les symptômes disparaissent puis réapparaissent, alors la sensibilité au gluten peut être envisagée.

Comment détecter ?! ©Flickr

Pour ajouter à la difficulté, les symptômes de la sensibilité au gluten ne sont que peu spécifiques. Ils sont communs à plusieurs troubles, comme le syndrome du côlon irritable ou l’intolérance au lactose…

De plus le seuil de tolérance du gluten varie souvent d’une personne à une autre. Voilà pourquoi la recherche sur la sensibilité au gluten c’est compliqué.

Difficile donc de cerner précisément l’origine des symptômes et le véritable rôle du gluten dans ces troubles. Souvent l’auto-diagnostic prévaut, surtout que nombre de médecins en France sont encore peu sensibilisés à cette question.

Les pistes de la recherche sur la sensibilité au gluten

C'est la Journée Mondiale de la maladie cœliaque ! / 2

Des pistes ! ©Joao Silas

Si la sensibilité au gluten reste assez peu comprise, plusieurs hypothèses sont à ce jour débattues.

Depuis 2010, la littérature scientifique sur le sujet s’est épaissie et nombre d’études et d’équipes se sont penchés sur les sensibles au gluten, pour comprendre ce qui se passe au cœur de leur intestin.

Sans grande conclusion pour l’instant : aucune preuve scientifique suffisamment spécifique et valide n’a été trouvée.

Hypothèse 1 : un autre type de réaction immunitaire

Parmi les hypothèses étudiées, celle qui reçoit le plus de crédit de la recherche sur la sensibilité au gluten est celle d’une réaction immunitaire, mais qui ne serait pas du même type que celle présente avec la maladie cœliaque.

Le fameux épithélium sur les villosités de l'intestin - Où en est la recherche sur la sensibilité au gluten ?

Le fameux épithélium sur les villosités de l’intestin

Dans le cas de la maladie coeliaque, le gluten active l’immunité adaptative, alors que dans le cas de la sensibilité au gluten, ce serait la réaction immunitaire innée qui intervient.

Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Columbia au États-Unis en 2016 a ainsi mis en lumière des marqueurs potentiels de la sensibilité au gluten : les CD14 solubles et la FABP2, qui pourraient témoigner respectivement de l’activation du système immunitaire inné et de la souffrance de l’épithélium intestinal… vous suivez ?!

Ce travail, relayé dans la presse comme « une preuve que la sensibilité au gluten existe bel et bien », est cependant à considérer avec prudence, comme nous le dit la chercheuse Nadine Cerf-Bensussan : « Ces marqueurs sont très peu spécifiques et peuvent être modifiés dans d’autres pathologies. Ils ne permettent ni d’effectuer un diagnostic, ni de comprendre précisément les mécanismes biologiques de la sensibilité au gluten non cœliaque ».

Hypothèse 2 : un microbiote intestinal perturbé

Mystère ©Rodion Kutsaev - Où en est la recherche sur la sensibilité au gluten ?

Mystère ©Rodion Kutsaev

La deuxième hypothèse est celle d’une perturbation de la flore intestinale, mais elle n’a pas été confirmée par des études solides.

Hypothèse 3 : intestin perméable chez les sensibles

L’hypothèse suivante est celle d’une perméabilité intestinale accrue chez les sensibles au gluten, qui favorise l’inflammation. Le débat est ouvert sur cette question !

Hypothèse 4 : le combo des hypothèses précédentes !

Il est possible enfin que la sensibilité au gluten soit due à une combinaison de ces 3 facteurs, ou à un autre phénomène dont la nature n’a pas encore été explicitée.

Qu'est-ce que le gluten / 1

Une sensibilité, des sensibilités ©Melissa Askew

Il y a de bonnes indications qu’il existe un spectre de troubles d’assimilation du gluten chez les sensibles, qui dépendent de l’environnement et des prédispositions de chacun. Il n’existerait pas une mais des sensibilités au gluten : certains pourront en consommer en quantité réduite quand d’autres vont devoir le supprimer plus drastiquement. Mais si la maladie coeliaque nécessite l’éviction complète du gluten, rien n’indique pour autant que les sensibles doivent suivre la même démarche… c’est au cas par cas !

Hypothèse 5 : les FODMAPs

Opération sans… douleurs à l’intestin ! / 5

Et les fodmap ? ©Lobostudio Hamburg

Les FODMAPs, ces sucres fermentescibles que l’on retrouve dans le blé, mais aussi dans le lait et certains fruits sont également incriminés. Le blé, le seigle ou l’orge étant très riches en FODMAPs, leur suppression pourrait améliorer la santé des gens ne les digérant pas bien.

Plus que le gluten, ce serait donc d’autres sucres ou protéines du blé qui pourraient être en cause. Mais quoi qu’il en soit, il faut tout de même supprimer le gluten, présent dans ces céréales incriminées !

Nouvelles perspectives pour la recherche sur la sensibilité au gluten

A la recherche !! ©Chuttersnap - Où en est la recherche sur la sensibilité au gluten ?

A la recherche !! ©Chuttersnap

La recherche sur la sensibilité au gluten non cœliaque est très dynamique outre-Atlantique ! Si celle-ci reste aujourd’hui en grande partie un mystère, les études et articles scientifiques se multiplient, donnant espoir que bientôt ce trouble sera mieux compris.

« Il faut garder l’esprit ouvert » nous dit Nadine Cerf-Bensussan, explorer différentes pistes et écouter les patients, afin de pouvoir répondre au mieux aux besoins et questions de la communauté des sensibles au gluten ! Affaire à suivre donc…

La photo de couverture est signée : ©Uniformed Services University

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A PROPOS DE L'AUTEUR

Laure Manach

<p>Férue de voyages, de cinéma et de lecture, Laure aime regarder par la fenêtre du train, marcher pendant des heures, les rayons du soleil qui arrivent sur son bureau, l’odeur des draps propres et de la pluie en été, le sarcasme et le beurre. Elle n’aime pas les petites grand-mères qui font leurs courses le vendredi soir et les gens dans le métro, le yoga, les écouteurs qui s’emmêlent et les pieds qui dépassent de la couette.</p>

    COMMENTS (6)

  1. Sara

    ()

    Bonjour 🙂 Sara, 37 ans, des troubles gastro-intestinaux depuis toujours et surtout une tendance à l’aménorrée, depuis mon adolescence..
    Mes maux de ventre et mes règles se sont un peu rétablis depuis que j’ai réduit le gluten il y a 4 ans, mais il me suffit un mois d’écarts un peu plus fréquents, par exemple en été, avec l’excuse des vacances et des apéros, et le tout revient..j’ai fait les analyses du sang pour déceler la maladie coeliaque mais elles sont négatives, du coup je ne suis pas prise au sérieux, ni de la part des médecins ni de celle de mon entourage.. bref j’ai du mal à m’orienter là-dedans, je ferai un test global sur les intolérances dans une semaine, qui en plus est cher et apparemment pas non plus fiable au 100%…
    Personnellement les maux de ventre je peux gérer, mais pour ma régularité menstruelle j’ai un peu peur, surtout d’une possible infertilité ou d’une ménopause précoce.. il y a quelques médecins à connaissance de cela en France? J’ai vu un gastroenterologue récemment mais, comme d’habitude, il avait l’air de ne pas me prendre au sérieux, c’est pénible 🙁

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  2. Ely

    ()

    Eh bien étant sensible au gluten c’est vrai que le tableau est assez complexe. Jeune je ne souffrais d’aucun mal intestinal celà est apparu il y a environ 5 ans mais en amoureuse de la baguette et des pâtes, j’aurai été incapable de faire le lien.
    C’est ma grande soeur qui pour « maigrir » est passé au sans gluten et : « Ô miracle », plus de douleurs, plus de ballonements. J’ai donc testé et idem !
    Ce qui a été assez incroyable ce sont les médecins (généraliste et gastroentérologue) qui ne me croyaient pas et me regardaient avec suspicion comme si je m’inventais un mal pour être en vogue !

    Alors en vérité j’ai beaucoup de mal à m’y tenir, lorsque je mange du pain, des gâteaux je sais déjà que je vais avoir mal au ventre mais je trouve ça vraiment difficile mais surtout avec l’entourage

    J’aimerai savoir s’il peut avoir un lien entre gluten et surpoids.
    Car une période j’ai arrêté totalement le gluten et je me nourrissaient de frites, de fromage, de cakes,… Bref rien de bien équilibré mais sans gluten j’ai perdu 5kg en deux semaines…
    Il y a des ecrits la dessus ?

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  3. Bli

    ()

    Je rebondis sur le commentaire de Sara. Mon bébé possède le gêne de la maladie coeliaque mais ne l’a pas déclaré (analyses sanguines + biopsie négatives). Malgré tout, il a connu une sévère phase de stagnation de poids et de taille pendant plus d’un an (à 2 ans il avait la taille et le poids d’un bébé de 9 mois). A l’introduction de la diversification, il a quasiment arrêté de se nourrir. Les médecins qui l’ont suivi à l’hôpital l’ont intubé pour le faire grossir, avec succès (la solution qui lui était administrée étant sans gluten). Ce résultat a suffi aux médecins locaux qui ont estimé que mon fils avait juste un problème de rapport à la nourriture, une forme d’anorexie du nourrisson (contredit par l’avis de la psychiatre, de l’ORL, de la pédopsychiatre, de la gastro de ville, de la diététicienne etc. que nous avons du aller consulter dans le cadre d’un protocole de suivi fastidieux et chronophage).
    Tous les symptômes semblaient attester qu’il avait pourtant bien un problème digestif (selles molles, ballonnements, remontées acides…). Moi-même sensible, j’ai émis l’hypothèse que mon fils avait le même problème, sans doute plus sérieux. Et là, nous avons fait face au scepticisme du corps médical, qui nous a clairement pris pour des psychopathes de la mode du sans gluten, qui oseraient sous alimenter leur fils pour une pseudo-maladie complètement fantasque… Je passe sous silence le gastro qui m’a demandé si je n’avais pas un problème de rapport à la nourriture…
    L’hyper-sensibilité? Ce n’est pas une maladie grave, ce n’est même pas une maladie, c’est un fantasme diététique à la mode, cela n’existe pas. Votre fils ira mieux tout seul, attendez un peu. 2 mois après, il avait encore perdu du poids…
    Heureusement soutenus par notre pédiatre, nous avons décidé d’écouter notre intuition… 3 mois de régime strict plus tard, il a rattrapé sa courbe de taille, et n’est plus en dehors des courbes de poids, même si c’est encore un poids plume…
    Et là, que faire? l’hôpital local nous a donc ri au nez. Le grand spécialiste parisien a reconnu du bout des lèvres que notre intuition était la bonne (et en nous applaudissant -littéralement-, avec force ironie et dédain, d’avoir nous-mêmes trouvé la solution).
    Mais après? Rien. Pas de conseil, pas d’écoute, pas d’information, pas de protocole de suivi… le néant, et toujours cette impression, quand même, d’être des parents farfelus (pour rester à peu près neutres). L’hôpital public local ne veut plus du dossier, ce cas étant « atypique ».

    Il y aurait donc 2 médecines, celle qui reste ouverte aux évolutions et aux nouvelles découvertes, et celle qui estime que ce qu’elle ne connait pas, que ce qui n’est pas prouvée scientifiquement de manière certaine, n’existe pas. Doit-on rappeler que la maladie coeliaque n’a commencé à être diagnostiquée de manière un peu plus systématique qu’il y a à peine 15-20 ans?

    Nous ignorons donc aujourd’hui vers qui nous tourner, quel médecin saurait nous guider et nous accompagner. Si la communauté de lecteurs a le nom d’un gastro-pédiatre ouvert à l’hypersensibilité, nous aimerions beaucoup pouvoir le rencontrer.

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    • Cécile Gleize

      ()

      Bonjour,
      Mille mercis pour votre tėmoignage et dėsolė pour le dėlais de rėponse (on ėtait en vacances !)
      Malheureusement la communautė scientifique / le corps mėdical a des rėactions souvent blessantes et culpabilisantes quand elle ne sait pas ou ne trouve pas elle même la solution. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut s’en dėtourner et on vous fėlicite pour votre dėmarche.
      On lance un appel 🙂
      Dans quel coin êtes-vous ?
      Bises à toute la famille de la part de toute l’ėquipe
      L’ėquipe de Because Gus

      Répondre

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